
Un chocolat qui arrive par le fleuve
Ici, la route c'est l'eau
À Guapi, aucune route ne mène au cacao. Pour atteindre les plantations, il faut remonter le fleuve en barque, poursuivre en pirogue à la pagaie par des chenaux qui se resserrent dans la mangrove, puis marcher en terrain marécageux. Le trajet le plus court dure deux heures, et il n'est possible que s'il a suffisamment plu la veille pour que le fleuve monte.
C'est la première étape du chemin que parcourt chaque fève de notre chocolat.

Avant Chocomueic, il n'y avait pas d'industrie
Guapi se trouve sur la côte pacifique du Cauca, entre l'océan et la forêt humide. Le cacao y a toujours poussé. Il n'y a jamais eu d'endroit pour le transformer.
En 2018, Carmen Ilse Loango a commencé à remonter et descendre le fleuve pour retrouver ces producteurs. Elle a identifié quinze familles et leur a fait à toutes la même promesse : tout ce que vous produirez, Chocomueic vous l'achètera.

Le nom
Le projet n'est pas né sous ce nom. Il s'est d'abord appelé Amor Dulce, amour doux. Le nom a changé lors d'une conversation entre amis, quand il est devenu clair de quoi il s'agissait vraiment : pas seulement de chocolat, mais de celles qui le faisaient.
Chocomueic : chocolat élaboré par des femmes entrepreneuses porteuses d'une identité culturelle

Apprendre le métier
Ilse a voulu faire des tablettes avant de savoir comment. Elle a essayé à la main, dans sa propre cuisine, plusieurs fois, jusqu'à comprendre que l'intuition ne suffirait pas.
Elle a appris que le SENA, le service national de formation colombien, ouvrirait un cours à Guapi si elle réunissait vingt-cinq personnes. Elle est allée les chercher. Le cours de chocolaterie et de confiserie artisanale a commencé le 17 juillet 2019, et le formateur qui l'a dispensé accompagne encore l'équipe aujourd'hui.
L'atelier s'est construit pièce par pièce, avec ce que permettaient les ventes : d'abord un moulin traditionnel, puis un four. En 2023 est arrivée la raffineuse, et avec elle les tablettes qu'Ilse voulait faire depuis le début.
Les femmes
Nous sommes une équipe de femmes noires et autochtones de Guapi. Beaucoup sont cheffes de famille. Plusieurs sont victimes du conflit armé. Toutes portent la cuisine et les saveurs de leurs grands-mères, ce qui donne à ces produits quelque chose qu'aucune recette écrite ne contient.
Aujourd'hui, une quarantaine de familles font partie de la chaîne : une vingtaine de femmes travaillent à l'atelier de transformation et une vingtaine de producteurs cultivent et récoltent.
Nous nous sommes formées comme techniciennes en chocolaterie. Nous détenons l'enregistrement sanitaire INVIMA, une marque déposée et la certification d'entreprise verte de l'autorité environnementale régionale du Cauca.
“Nous n'avons pas cessé d'être artisanales, mais nous respectons désormais toutes les normes. Nous avons appris que le pouvoir est dans la connaissance.”
Ilse Loango, fondatrice


L'engagement qui soutient tout
Chocomueic achète tout le cacao produit dans la commune. Pas une partie : tout.
Cet engagement a été pris avant d'avoir les moyens de le tenir, et trouver les ressources pour le soutenir a été le plus grand défi de l'organisation. Il tient grâce aux ventes et aux alliances.
Derrière cette décision, il y a plus qu'un achat. Un cacaoyer donne son premier fruit au bout de trois ans. Sur un territoire où d'autres cultures produisent en trois mois, la décision d'un producteur d'attendre trois ans dépend de la certitude que quelqu'un sera là quand l'arbre portera enfin.
Don Solón Paz est l'un de ces producteurs. Il cultive trois hectares au hameau de La Pampa et il est notre principal fournisseur. Il fait fermenter et sécher le cacao chez lui, et son épouse le transporte par le fleuve jusqu'à l'atelier. Sa plantation est restée à l'abandon pendant des années, faute d'acheteur.
“Le travail commence petit, mais il finit grand quand on en a vraiment envie.”
Solón Paz, producteur de cacao
Le cacao et le chocolat sont un prétexte
À Guapi, le cacao n'est pas seulement un produit agricole. Les grands-mères se réunissaient pour préparer le chocolat, et dans ces réunions se tissait la communauté : on racontait des histoires, on transmettait, on s'accompagnait.
C'est cette même idée qui soutient la bibliothèque communautaire et le centre culturel animés par Chocomueic, les premiers de la commune. On y encourage la lecture, la musique, l'art et le leadership, en lien avec le conseil d'action communale et la plateforme municipale de la jeunesse.


“Le cacao et le chocolat sont un prétexte. Ce qui nous anime vraiment, c'est la possibilité de transformer des vies.”
Ilse Loango, fondatrice
De Guapi vers l'extérieur
Nos produits sont déjà vendus à Buenaventura, Cali, Popayán, Bogotá, Carthagène et dans le Huila, à travers des réseaux de distribution solidaires comme Vitrina Pacífica, Kumé de la Fondation ACUA et le Marché de la Terre de Slow Food.
Nous avons participé à Chocoshow, la foire nationale colombienne du cacao et du chocolat à Bogotá, et à la mission commerciale de ProColombia à Carthagène. Nous faisons partie de la marque régionale d'origine Origen Cauca es Cacao.




“Notre cacao porte de nombreux noms avant de devenir chocolat. Il s'appelle fleuve, marée, pirogue, pagaie, ruisseau, estuaire, forêt.”
Ilse Loango, fondatrice

Carmen Ilse Loango a fondé Chocomueic en 2018 pour que le cacao de Guapi soit transformé sur son propre territoire et génère des revenus pour les femmes et les producteurs de la commune.
